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Rire de (rien du) tout.

Le débat sur ce thème est sans fin…

 

Il dure depuis longtemps, je ne sais pas depuis quand exactement. Sans doute depuis la première fois qu'une vanne a offensé un crétin susceptible et désireux de rendre justice à une bien-pensance quelconque, à coups de procès ou de tarte dans la gueule, c'est selon. En tout cas, malgré toutes les vérités que je détiens du haut de mon petit rocher, je dois avouer mon indécision.

 

Pourquoi est-ce que j'aborde ce sujet ? Premièrement, parce qu'il est 16h20 et que j'ai fait tout le boulot requis pour la journée. Secondement, ou deuxièmement (pour faire plaisir aux puristes de la langue au cas où un troisièmement surgirait, j'en sais rien, j'écris au kilomètre, comme ça vient, et je ne retouche pas mes articles avant de les mettre en ligne…), parce que je sais qu'une forme d'humour qui m'a peut-être amusé un temps ne m'amuse plus, voire même me met mal à l'aise. Mais je ne compte pas parler de moi, même si, comme disait Chateaubriand je crois (ça pète toujours de citer un lettré, surtout en période d'occupation des medias par les illettrés), « on parle toujours exclusivement de soi ».

 

Alors que penser du rire ? A mon sens, on ne peut pas rire de tout car il y aura forcément un moment où un point sensible sera touché, à moins d'être un légume désintéressé, indolent et lobotomisé (auquel cas on ignore même ce qu'est l'humour) ou Cauet (qui se distingue du précédent uniquement par l'absence de désintéressement). Quitte à taper dans les citations, j'en ai deux sur le feu qui collent plutôt bien à mon point de vue. Face à Jean-Marie LePen (Dieu ait son âme… vite !) mais tout en l'ignorant superbement, Pierre Desproges (Dieu lâche la sienne, comme il l'a lui-même demandé) a fait une démonstration par A + B que – je cite – « oui, on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui ». J'adhère. Le problème est quand on se sent parfois prêt à rire de tout, mais qu'on réalise que par ricochets, ça va nous revenir dans la figure et qu'on ne se trouvera plus très drôle pour le coup. Ca arrive rarement, mais dans la mesure où je l'ai déjà ressenti, pourquoi pas d'autres ? Pensez-en ce que vous voulez… En effet, je me suis déjà fait mal tout seul avec une vanne lancée pour dédramatiser une situation. Faut-il être con, je vous jure ! La phrase de Desproges est donc juste, et encore plus profondément que ça lorsque que le « n'importe qui » est soi-même, mais j'ai tendance à penser que ce cas particulier se présente en millionième de pourcentage et n'est donc pas représentatif dans cet article… Damned, Chateaubriand avait raison !

 

L'autre citation qui m'est venue en tête est de Marcel Achard qui, au-delà d'une misogynie galopante qui gène parfois le gentleman qui se cache en moi, est un chirurgien de l'être social. Et je marche dans ses traces lorsqu'il dit que « l'on peut rire absolument de tout du moment que cela arrive aux autres ». Logique, il faut bien se protéger. Le gag de la chute est intemporel, et voir quelqu'un se vautrer en glissant sur n'importe quoi (une peau de banane, une flaque d'huile, la corne du taureau qu'on essaye de toréer pour faire plaisir aux micro-bulbiens imprégnés de sangria…), ça fait toujours marrer. Benabar dans « Le fou rire » démontre ça avec l'exemple ultime de voir une vieille sa casser la gueule lors d'un enterrement.

 

Alors bien sûr, rire des autres, c'est facile, pas toujours de très bon goût (par exemple, le physique n'est pas un sujet amusant pour moi), mais c'est inévitable. De là à crier au scandale dès que des mots clés sont prononcés dans un cadre humoristique (mongoliens, juifs, TF1,…), merde, quoi ! Et les exemples ne manquent pas. Aujourd'hui encore j'ai vu la SPA monter aux créneaux à cause de l'affiche du film « Vilaine » où l'on peut voir Marilou Berry tenir un chat suspendu au-dessus d'une poubelle… Mais c'est bon quoi bordel ! Elle ne lui appuie pas sur la tête en actionnant un mixer non plus !!! Le public est-il devenu si con qu'il va se mettre à balancer ses greffiers juste pour faire comme sur l'affiche ? D'accord, je n'ai pas une formidable opinion de mes contemporains, et encore moins des publicitaires, mais il faut peut-être laisser au public une marge de manœuvre pour se marrer un peu ! Et il faut que ces braves défenseurs de l'éthique mondiale qui s'élèvent contre tout ce qui dépasse et qui égratigne un peu comprennent bien une chose : les vannes les plus pointues, les plus efficaces, sont généralement produites par des gens qui savent avant tout se moquer d'eux-mêmes, parce qu'ils se connaissent et savent qu'il y a là un exutoire pour tout le monde, y compris pour les « victimes » de l'humour, qui ne demandent d'ailleurs à personne de s'insurger à leur place la plupart du temps (la caste bien-pensante est là pour les défendre… à leur corps défendant).

 

De la question « peut-on rire de tout ? » on va bientôt passer à « il ne faut rire de rien » ! C'est drôle ça, non ?

 

En attendant, j'arrive encore à m'amuser de moi-même, au risque d'être mon seul public car mon humour est aussi régulier et nuancé que mes sautes d'humeurs… Ceux qui me connaissent bien saisiront ce que je veux dire avec, au choix, délectation ou crainte.

 

17h15… Nom de Dieu, c'est l'heure d'aller blasphémer !



12/11/2008
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