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Individualisme 2 : tolérer l'aut' con, là.

"Bonjour, je m'appelle Fred...

...et je suis un individualiste." Voilà ce que donnerait la phrase de présentation dans une Association des Individualistes Anonymes, Ce serait marrant ça, une thérapie de groupe pour se soigner de ça ! Paradoxal. Un peu comme fonder un Club pour Asociaux, un Collectif de Solitaires, ce serait absurde. Et pourtant, l'environnement où nous évoluons et qui ne peut pas se passer de mettre les gens dans des cases et ces cases dans des casiers, lesquels sont numérotés et fichés dans un listing, cet environnement semble désireux de cataloguer tout un chacun. Et les plus "libres" qui vivent au jour le jour en se cognant pas mal de ce que pensent les autres sont tous regroupés par les medias sous le terme de "marginaux". Comme disait Woody Allen qui avait piqué la phrase à Groucho Marx, "je refuserais de faire partie d'un club qui me voudrait pour membre".

Me revient en pleine tête (aïe !) cette merveilleuse "brève de comptoir" répertoriée (créée ?) par Jean-Marie Gouriot : "T'es qui pour juger les autres, pauv' con !" En effet, la bascule s'opère ici, et généralement sans anesthésie. C'est la tolérance qui fait qu'on tendra plutôt vers la communauté que vers l'individu. En fait, ça m'a frappé récemment lors d'une discussion un poil tendue avec ma franginette durant laquelle nous comparions son désir ardent d'être intégrée à un groupe et ma tendance naturelle à me positionner de manière excentrée (mais pas excentrique car je ne cherche pas à me démarquer de manière ostentatoire non plus). Nous ne comprenions pas à quel moment nos chemins avaient divergé sachant que nous avions reçu la même éducation et le même sens des valeurs. Le point de vue sororal étant aussi buté que le mien, nous en étions restés là, elle dans son groupe, moi dans ma tourelle d'observation.

Et dernièrement, le déclic (rien à voir avec Manara... malheureusement). A un moment donné de cette période toute pourrite qu'est la pré-adolescence, tout un chacun ressent le besoin naturel de forger son image en s'intégrant à un groupe de pairs, avec des codes, des références, une popularité si possible... Faire partie de ce groupe, c'est accéder à un rang social supérieur dans la tête pré-pubère du p'tit con qu'on est tous (ou presque, et non je ne m'exclue pas des p'tits cons) à cet âge-là. Pour moi, c'est devenu clair comme de la vodka de roche : c'est là que ça a chié, c'est là que ma soeurette a fait la différence, qu'elle a eu son ticket d'entrée. Rapidement elle a su s'intégrer et a barboté là-dedans comme un poisson dans l'eau. Comme pour tout, il y a du bon et du moins bon, mais l'essentiel est qu'elle ait été bien dans ses baskets roses et épanouie à ce moment clé de son ontogénèse.

De mon côté, quelques tentatives... Approches plus ou moins subtiles et lentes, étant d'une timidité maladive, ça prend un peu plus de temps que d'entrer dans la boulangerie pour acheter une baguette. Le groupe est là, faisant à peine attention à l'intrus, puis quand celui-ci manifeste une velléité d'intégration ("je peux jouer aussi ?") toisant l'impudent. Pour résumer ça donne :

- Tu veux être des nôtres ?

- Heu... ouais...

- Hmm... Attends je réfléchis... Non, on préfère continuer à te jeter des pierres.

- Allez quoi !

- Non, t'es trop con, et en plus t'es le premier de la classe...

Hé non, le chef de groupe n'a pas peur de la contradiction, et aucun de ses coreligionnaires ne songe seulement à relever l'incongruité de son propos, trop occupés à railler la mine déconfite de l'exclus qui, pour son plus grand bonheur - mais il ne le sait pas encore - vient d'être recalé à l'examen d'entrée au groupe des footeux de la cour de récré. Ecoliers insouciants, sachez que si vous commencez votre tentative de vie sociale avec des lunettes et de bons résultats, vous intéresserez les profs, mais les filles et la notoriété vous ignoreront superbement.

Sachant que cet exemple se répéta à maintes reprises et sous diverses formes jusqu'au moment où l'intéressé s'est rabattu sur des micro-groupes de deux ou trois (bien plus intéressants s'ils sont choisis chez les castes cérébrées de l'établissement scolaire), difficile de se sentir en sécurité au sein d'un groupe d'importance, et encore moins de désirer en intégrer un. La première fois que j'ai vu et entendu Desproges manifester tout seul sur scène, expliquant que le QI du groupe est inversement proportionnel au nombre d'individus qui le composent, j'ai senti résonner la suave et inattendue musique de la compréhension et j'ai accueilli à bras ouverts mon propre comportement. Comme dit l'humoriste sus-cité, "à plus de quatre on est une bande de cons, alors a fortiori, moins de deux c'est l'idéal".

Bon, bien sûr, je n'adhère pas à 100% et je suis heureux lorsque je suis entouré de ma poignée d'amis (je n'en ai peut-être pas assez pour faire une équipe de rugby, mais au moins ceux-là, j'en suis sûr), mais je dois avouer que je me sens mieux quand je les vois par petits groupes de deux ou trois... J'ai même testé, un temps, du groupe plus important, mais la déception a été d'égale intensité que la joie qu'il me semblait éprouver alors : des faux-semblants, une hypocrisie inévitable (le mensonge est gage de survie dans les agglomérats socio-humanoïdes), des rivalités rampantes, etc... Quelque part, cette insouciance et cette envie de faire partie du groupe me manquent un peu parfois. C'est le "rêve ennemi et pourtant passionnément convoité" que Proust exprime quand il n'est pas occupé à fourrer des madeleines à la confiture de jeunes filles en fleur.

Et puisqu'on navigue sur l'océan du paradoxe, il me semble même que j'ai commencé à intégrer de petits groupes lorsque j'ai totalement accepté ma part d'individualisme.

Actuellement, j'en suis donc au stade sartreux de "l'enfer c'est les autres" tout en sachant l'autre, c'est aussi moi. Autrement dit, j'ai toujours en tête la certitude que les groupes soient composés d'individus pensant moins cons que le groupe n'en a l'air, ce qui m'aide à supporter le comportement grégaire ; et d'un autre côté, je ne juge pas celui qui se démarque car je sais qu'il n'est pas aussi seul qu'il le montre, et que s'il l'est quand-même, ce n'est pas par plaisir.

On n'est jamais seul parce qu'on le veut.

Allez, je vais me mettre un DVD, ça me donnera l'impression d'avoir de la compagnie.



17/02/2009
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