ZE Blog inutile

Le Livre des Figures

 

N'importe quel débutant...

 

...en langue anglo-saxonne (à la porte, je vais ouvrir...) (hop, calembour minable, ça c'est fait, on entre dans le vif du sujet) aura saisi en lisant ce titre que je veux parler de Fesse-book. Non, je ne vais pas tirer à boulets rouges dessus, ce serait tellement facile... non, je vais plutôt dire ce que j'en pense du plus profond de mon petit coeur bouffi d'une sensibilité peu compatible avec le stéréotype du chromosome XY.

 

FB, comme on l'appelle lorsqu'on a la flemme ou la honte d'évoquer son nom en entier, c'est quoi donc ? En fait, c'est juste UN rézosocial parmi PLEIN de rézosocio, sauf que c'est le plus ouvert aux quatre vents, le moins confidentiel et, à mon sens, le plus vicieux. Comme tous les autres, son but affiché est de permettre aux gens de rester en contact avec leurs amis et leur famille via Internet, voire même d'en retrouver des perdus de vue.

Il y a évidemment des aspects positifs à cela, mais bizarrement, j'ai du mal à les (le ?) développer.

 

Hum... Allez, force-toi un peu faignant, sinon tu vas passer pour un mauvais bougre débordant de mauvaise foi !

 

Heu... Ouaiiiis, grâce à FB, on maintient le lien social avec des gens qu'on aime bien !!!

 

...Voilà, j'ai pas mieux, désolé.

 

Oui, on maintient le lien social, pour ne pas dire amical, avec des gens qu'on aime bien. Et en effet, c'est indispensable d'avoir à portée de communication un groupe plus ou moins important de personnes avec qui ça colle autant que le plastique d'une poubelle colle au macadam après le passage de cons-testataires pyromanes. Une poignée d'amis restée au bercail alors qu'on est soi-même déraciné, ou l'inverse... Admettons.

 

Seulement voilà, FB permet aussi de renouer malgré soi avec des gens dont on était content d'être débarrassé. Etre inscrit et commencer à montrer des signes de vie dans certains milieux, c'est battre le rappel de mauvais souvenirs qui auraient mieux fait de rester enterrés ! C'est se retrouver encombré de gens qui se prétendent vos amis simplement parce que vous avez partagé une sangria lors d'une soirée ou parce qu'ils étaient assis deriière vous sur les bancs du CE2. Est-ce qu'on peut réellement se permettre de perdre du temps à faire le tri entre tous ceux qui sont devenus de gros cons et ceux qui sont sans doute très sympas mais qui ne nous manquaient pas spécialement ?  Il y a toi à qui je pense et avec qui j'ai été content d'échanger quelques mots après 20 ans d'éloignement mais avec qui je n'ai pas plus d'affinités que ça. Il y a aussi toi à qui je pense et à qui je souhaite un cancer long et douloureux. Mais également toi avec qui on a bien rigolé pendant deux bonnes années, que la vie a propulsé au loin mais qui sauras où me trouver en cas de besoin. Et puis toi, qui as eu la drôle d'idée de céder à une méningite et qu'aucun rézosocial ne pourra reconnecter à moi.

 

La vie est ainsi faite de gens qui se perdent de vue naturellement, par les aléas du déménagement, du changement d'orientation scolaire, ou du désir de se fréquenter qui s'était tranquillement émoussé sans blesser personne ! Mais aussi parfois en blessant quelqu'un, car un gosse, ça peut agir cruellement, et penser qu'en grandissant l'autre aura oublié. et des exemples en tête, j'en ai une bonne pelletée ! Juste pour l'exemple, si je m'inscrivais sur FB, le risque de voir surgir des tréfonds de cette époque pourrie qu'a été le collège le dénommé Jérôme G serait important. Ce pauvre type qui avait l'indécence d'être plus doué que moi à l'école était mon pote, on déconnait ensemble comme des gamins jusqu'au jour où je me suis retrouvé dans une classe de "moins bons". Dès le jour de la rentrée, il m'a copieusement ignoré, voire méprisé... Quatre ans plus tard, un ami commun fait qu'on se retrouve sur la même banquette d'un train, et là ce fut la fête aux sourires hypocrites et aux serrages de paluches forcés. Ah la la, Jérôme, ce jour là, que n'avais-je la hargne qui m'habite (non, désolé, le calembour minable, c'était au début) aujourd'hui pour t'envoyer à la face le fond de ma pensée et voir disparaître de ton visage déjà couperosé la vilaine façade mensongère du paraître, du comportement bassement social ! Gros con !

 

Oui, c'est ça FB pour moi : du comportement bassement social au détriment du vrai entretien des vrais amis, de ceux qui seront vraiment là pour vous le jour où tout se cassera la gueule. A toi mon poteau, avec qui je me sens en phase mieux qu'avec personne, toi qui fus le secours irréprochable de ma détresse, toi que je considère comme un frère et à qui je peux toujours dire le fond de ma pensée si brutale soit-elle, dis-moi, depuis quand n'avons-nous partagé un verre pour parler longuement de nos vies, de nos soucis, de nos projets respectifs ?

 

FB, ça a un avantage social indéniable, mais surtout indéniablement limité à la surface. On m'a déjà avancé l'argument que c'était pratique car on avait accès à un instantané de la vie de ses amis. C'est très bien, c'est instructif (quoi que cet étalage de "qui fait quoi à tel moment", je ne trouve pas ça passionnant), mais ça manque de profondeur. FB ne laisse pas la place à la confidence, à l'échange constructif qu'on peut avoir lorsqu'on a une vraie discussion. Cette succession d'instantanés est symptomatique de l'époque, c'est un rejeton de la culture du zapping. On souligne un détail factuel sans grande importance, un événement ponctuel dont la valeur peut varier du "réellement intéressant" (si, si, je l'admets) à l'anecdotique le plus générateur de vide...

 

Enfin, mais là je ne suis plus du tout objectif (l'ai-je seulement été depuis que j'ai appris à écrire !?), j'ai développé une haine farouche à FB depuis que quelqu'un dont je tiens le niveau intellectuel en plus haute estime m'a déclaré avoir la flemme de lire mon blog tout en essayant de me convaincre de m'inscrire sur ce rézosocial...

 

En faisant preuve d'un peu de lucidité, on doit pouvoir comprendre qu'avoir 200 "amis" qui ne lèveront pas le petit doigt pour nous en cas de pépin, c'est aussi indispensable que de posséder le dernier Ipod, fleuron de technologie assemblée avec maestria par de petits Coréens, Ipod destiné à être obsolète une fois franchie la porte du magasin où on l'aura acheté. C'est une mode : ça sert à rien, mais ça en jette.

 

Je pense que je m'inscrirai sur FB le jour où il sera dans l'impossibilité technique d'enregistrer plus de 10 "amis".

 

 

Des vrais.



08/03/2010
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