ZE Blog inutile

Petit formatage entre amis.

"The end is nigh"...

...clame Rorschach. Pas le peintre abstrait helvétique, hein, je parle du personnage charismatique de l'oeuvre de Gibbon. Je reprends cette assertion à mon compte, enfin presque, ne pouvant m'octroyer l'entière paternité de ce qui suit puisqu'issu d'une conversation à la terrasse d'un café avec Marcel Frunobulax dont je tairai ici la véritable identité. Donc, "la fin est proche" qu'il dit. La fin de quoi ? J'ai envie de dire "la fin du désir et de l'autonomie de la culture individuelle". D'ailleurs, puisque j'en ai envie, je le dis : La fin du désir et de l'autonomie de la culture individuelle est proche, mes amis !

- Qu'est-ce qu'il dit ?

- Il dit que la fin du désir et de l’autonomie de la culture est proche.

- … ?

- Il dit qu’on se laisse aller à devenir con si tu préfères.

- Même lui ?

- Ben y'a intérêt !

Bon, c'est résumé un peu abruptement mais en gros, c'est sur ça que je veux alerter mes contemporains, ou à défaut, mes copains qui me liront (ce qui réduit déjà nettement l'impact). La question est : à quel moment nous donne-t-on le choix de découvrir des objets artistiques différents, c'est à dire non imposés par, on va dire, une idée que se font les diffuseurs de ce qui plait au plus grand monde ? C'est pas clair ? Je le conçois. Je prends donc pour exemple l'anecdote qui nous a conduit à aborder ce sujet entre deux "Orangina", reconductibles toutes les 30 minutes sous peine de se voir priés de quitter le bistrot. Je sais, ça n'a rien à voir, mais je tenais à souligner cet odieux "pousse-à-la-conso" imposé par les tavergistes du Cours Mirabeau. L'anecdote en question repose sur l'ambiance musicale diffusée sous la tonnelle et qui consiste en un rythme binaire répétitif qui endort la vigilance des cerveaux en quête d'originalité musicale. Bien sûr, le but est de créer une ambiance "sympathique", "détendue"... un "confort", une "facilité" qui, à mon sens, nivelle par le bas. En tout cas, le but n'est certainement pas de faire réfléchir les consommateurs, sinon ils ne renouvelleraient pas leur consos aux tarifs exorbitants pratiqués dans les lieux touristico-qui-s'la-pètent. Et là on va me dire, "ouais, tu fais chier, justement si on va boire un coup au bistrot, c'est pour se détendre".

Dites-le.

Bien. A cela je répondrai... Je sais, et c'est louable. Mais à force de vivre dans cet environnement de facilité, de somnambulisme, d'acculturation forcée par des balises anesthésiantes qui s'insinuent sournoisement dans le ronronnement de tout ce que les medias peuvent trouver comme moyen de diffusion, et bien à force d'à force, tout le monde va se retrouver avec les mêmes références. Un bon conditionnement fourni par les radios, la télé, les lieux de "détente" à la mode (bars, boîtes de nuit, certains restaurants...). Inconsciemment, on se retrouve tous avec un éventail de choix culturels qui se réduit petit à petit. Contre-exemple pour accréditer cela : un jour, je m'étais installé dans un bar pour écrire un peu et pour savourer un chocolat chaud, et au bout de 5 minutes, je réalise que quelque chose est inhabituel ; et en un instant, je comprends qu'il s'agit de la musique diffusée sur la chaîne hi-fi. Je suis même allé demander au patron de l'établissement l'origine des sons inattendus qui s'engouffraient dans mon crâne et il m'a sorti un CD du Kronos Quartet, musique minimaliste s'il en est, mais qui a le mérite d'offrir à la conscience l'existence d'autre chose qu'une pop technoïde abrutissante dont il est difficile de différencier les titres tant les similitudes sont partout, dans le rythme, la cadence, la tonalité... Abreuvés de cette musique rappelant le rythme des machines de l’usine comme un fond sonore familier, comment faire naître l’envie d’autre chose ? Comment désirer ce dont on ne cherche même pas à imaginer l’existence ? Simple mauvaise volonté générée par une fainéantise elle-même issue d’un manque de volonté, etc… Cercle vicieux. Ou plutôt tourbillon terrible tel le puissant maelström qui entraîne impitoyablement dans les profondeurs sombres et glacées des mers nordiques le génial Nautilus du Capitaine Némo, ses innovations, ses uniques spécificités, ses richesses et les trésors culturels qu’il renferme. Comment lutter…?

Ça me rappelle également ce restaurant où une amie m'a dit, en entendant en fond sonore la danse des chevaliers extraite du "Roméo et Juliette" de Prokofiev : "Tiens, c'est la musique de la pub pour Egoïste de Chanel"... Bien sûr, on n'est pas obligé d’être adepte de musique ruskoff, si classique soit-elle, mais au moins il y a eu là quelque chose qui a suscité une curiosité, un sursaut neuronal, et c'est ça que je redoute de voir disparaître au profit d'une soupe populaire tiède et fade mais qui s'avale sans même qu'on y pense.

Je pourrais faire le même discours autour d'exemples cinématographiques. "Les Ch'tis" c'est marrant, mais j'ai vu Zoé Felix dans un rôle autrement plus fort. Et puis Bali, c'est pas Bergues ! Marylin était une belle pin-up, mais allez voir "Les Désaxés" ! Kim Bassinger a fait transpirer des millions d'hommes dans "9 semaines et demi", mais qui l'a vue dans "8 miles" ou plus récemment dans "Loin des terres brûlées" ? Même Jean-Claude Van-Damme qui est ce que la terre porte de plus populaire (au sens mélioratif du terme) et de moins subtil (au sens coup-de-tatanne-dans-la-gueule du terme) a fait quelque chose d'extraordinaire avec "JCVD"...

Même chose avec la littérature, la BD, les arts plastiques...

Attention, pas d'élitisme ou quoi que ce soit du genre ici. Il y a plein de gens talentueux qui bénéficient d'une notoriété tout à fait légitime, et j'en apprécie une quantité non négligeable, mais il faut faire varier les goûts. Les pâtes, c'est bon. La purée aussi. Un bon steak saignant idem. Mais pourquoi s'arrêter là et ignorer un pavé d'autruche, une sauce bizarre à base Boursin, un pigeon en croûte qui sent bon le sous-bois automnal...?

Bon, vous avez pigé où je veux en venir : SOYEZ CURIEUX ! C'est la clé pour se sentir vivre, pour savourer ce qu’on partage avec ceux qu’on aime, pour, paradoxalement, se sentir plus en empathie avec le reste de la société qu'en se calquant sur la masse clubeuse qui n'arrive plus à fixer son attention sur un objet musical ou filmique ; là, je pense au con qui n'a pas arrêté de consulter ses SMS et d'en envoyer toutes les 5 minutes (je n'exagère pas !) pendant que sur l'écran Clint Eastwood copinait difficilement avec des Viets dans "Gran Torino"... Au lieu de partager le plaisir du film avec son pote assis à côté de lui, il s’est renfermé dans son monde factice plein de vide. Ça s’appelle « oublier que l’autre existe », et comme l’autre est un miroir de soi, c’est en fin de compte quasiment une négation de soi. Le tourbillon de Jules Verne.

Pour pas qu’elle coule ta pierre

Il aurait fallu lui mettre une bouée,

Ou que je t’apprenne à lancer

Mais je m’occupais trop de mon galet…

Les ricochets – Benabar (hé oui, artiste populaire)



10/04/2009
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