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Les Odieux du Stade

Attention, lecture d'endurance !
 
J'aimerais pouvoir dire que je trouve les manifestations sportives conviviales, fédératrices, vecteurs de notions et de valeurs fraternelles. J'aimerais vraiment car en déambulant sur les trottoirs de ma ville encombrés des supporters qui encourageaient les coureurs de je ne sais plus quelle épreuve, je me suis senti en décalage, en retard ou en avance, mais pas synchro du tout avec eux, sur aucun plan.
Dans l'absolu, des gens qui font du sport, c'est louable. C'est même remarquable et je tiens à souligner que j'admire leurs performances physiques. Ce qui coince, c'est ce que les braves gens qui préfèrent imbiber de sueur des dossards colorés plutôt que les draps d'une couche accueillante appellent "l'esprit sacré du sport". Ces gens-là se gargarisent d'expressions toutes faites sur les valeurs de bien-être, d'épanouissement, de dépassement de soi... Certes, tout cela est vrai, mais tout cela a aussi ses limites. Et ce que j'ai vu, c'est justement le côté obscur de cette mentalité perfectionniste.
Florilège :
Exemple A : Agrippée au bras d'un CRS bienveillant (si, si), une vieille dame a tenté de traverser la rue partiellement occupée par le couloir de course de ces merveilleux sportifs. Mais marchant forcément moins vite que ce qu'ils courrent, l'un d'entre eux a été forcé de faire une demi-foulée et un écart de 50 cm pour l'éviter. Est-ce vraiment important ? Est-ce que cela remet en cause sa performance ou son chrono sachant que sur les 21km à parcourir cela ne représentait qu'une goutte de pipi dans 1000 litres d'EPO (ou le contraire) ? Est-ce que cela méritait donc l'insulte proprement scandaleuse lancée par l'hyper-protéiné au couple outrecuidant, mémère et poulet confondus !? J'ai posé la question à une athlète de mon entourage qui m'a répondu que "oui, c'est normal et que c'est une question de sécurité". Admettons que, exceptionnellement, on n'ait pas le DROIT d'aller faire son marché un dimanche matin à cause de 8000 acharnés de la chasse au gras... N'aurait-ce pas été plus humain de juste dire "attention madame, c'est dangereux !" plutôt que comme j'ai entendu alors, totalement estomaqué, "mais putain, restez pas dans le chemin bordel !". Ca pouvait même être accompagné d'un sourire... si ces gens-là ne se prenaient pas tant au sérieux.
Exemple B : Plus bas, j'arrive devant la sortie d'un parc de stationnement dont deux planctons étiquetés de l'organisation de l'événement contrôlent les entrées et sorties afin d'éviter que les automobilistes en quête de liberté routière n'écrasassent les djogueurs. Et rapidement, un homme tente une sortie au volant de sa Peugeot 207, immédiatement intercepté d'un coup d'une sorte de latte gonflable par le staff coloré. Et insulté au passage par les 2 ou 3 coureurs qui ont vu avec horreur un pare-choc s'approcher à moins de 10 mètres du tracé de leur transhumance. "Mêêêêrde !" ont-ils bêlé. Le vigile intercepteur, répondant à l'agacement du conducteur bloqué : "bah oui mais c'est comme ça pour tout le monde hein !" Et d'ajouter avec une certaine fierté dans la voix : "ce matin, j'ai même empêché un médecin de sortir, alors vous voyez, on est tous dans le même bateau." Même pas envie de commenter, et encore moins de partager le moindre esquif avec ce marin d'eau douce... Monamiesportive lui a étrangement donné raison aussi...
Exemple C : Une précision s'impose : la course empruntait deux rues fréquemment parcourues par les joggers du dimanche, ceux qui font ça par simple entretien de santé ou par bonne conscience. Malheur à ceux-ci si l'envie leur prenait de faire comme d'habitude ! Leur exercice physique a perdu toute valeur
aux yeux des "pros" qui les piétinaient, mieux entraînés et plus rapides.
Exemple D : De longues tables couvertes de centaines (sans exagérer du tout !) de verres d'eau, de coca et de sucres rapides étaient alignées sur une partie de la rue, et des membres du "staff sportif" s'affairaient à les tendre aux coureurs pour les remonter, chose absolument normale. A raison de 5 ou 6 personnes par table, il y en avait facilement une ou deux qui ne foutaient rien. Une coureuse amatrice (voir exemple C) légitimement fatiguée et suante après son effort perso empruntait le même trajet en trottinant encore de son mieux. Sans le moindre malice, elle a demandé d'un geste si elle pouvait avoir un verre d'eau... qui lui a été catégoriquement refusé ! La raison ? Grosso modo, c'était "t'as pas de dossard officiel, alors crève". Incroyable ! Et pire, Monamiesportive a cautionné ça sous prétexte qu'ils sont responsables des coureurs (en pleine forme eux, en comparaison !) et qu'elle pourrait s'écrouler de fatigue à ses pieds, il faudrait attendre qu'il n'y ait quasiment plus de djogueurs pour donner un verre d'eau ! Et les valeurs humaines du sacro-saint esprit sportif ? Mon oeil ! Cet esprit n'existe pas, sauf pour la communication.
Exemple E : L'occupation urbaine par les endurants en maillots moulants colorés est un événement imposé dont on peut s'accomoder tant bien que mal, surtout un dimanche où c'est pas bien grave si la circulation est fermée sur un quartier. Ca, c'est pas bien méchant. Corrélat indispensable, les supporters qui encouragent de leurs cris bestiaux le troupeau suant. Soit. On habite en ville, on fait avec quasiment tous les jours. Par contre, le stéréotype du jeune père épanoui, vêtu de pied en cap par Queschua, qui emmène ses trois têtes blondes regarder et soutenir maman qui court, agitant une cloche à vache (véridique !!! au moins il sait à qui il s'adresse) et poussant des "allez ! allez ! allez !" au passage du bétail, comme pour le guider vers l'enclos, lui il m'a insupporté, mais c'est totalement subjectif. Et pire ! Il laissait son plus jeune rejeton, 4 ans au collet, actionner sans relâche ces espèces de clairons reliés à des bouteilles de gaz sous pression et qui vous balancent du 300 décibels dans les étagères. Et ça, sous mes fenêtres, pendant une heure avec la migraine, c'est ce qui m'a poussé dehors et m'a permis d'assister aux exemples sus-cités. Ma requête de silence au paternel a été accueillie avec un sourire d'incompréhension : "ça fait partie de la fête, mais bon, je comprends et je vais lui dire d'arrêter... Ah, vous avez de la chance d'habiter ici !" Et il a eu de la chance d'être toujours vivant après cette remarque.
Mais l'esprit du sport, c'est quoi ? Un lecteur sportif saurait-il m'expliquer en quoi ma perception de la chose est totalement déplacée et ne s'assimile qu'à un ronchonnage de petit vieux du Muppet Show (dixit Monamiesportive). Qu'est-ce que je n'ai pas compris dans ce type de manifestation durant laquelle une minorité s'impose brusquement, avec arrogance et insultes, à une majorité qui pense passer un dimanche tranquille ? Je suis ouvert d'esprit et prêt à accepter de ne pas comprendre... du moment que les concernés admettent que les valeurs fraternelles et joyeuses dont ils s'ennorgueillissent ne sont destinées qu'à leur corporation.
Une dernière chose : ces manifestations sont systématiquement relayés dans les médias avec ferveur et enthousiasme, comme si l'évidence était que tout le monde aime ça. La parole est-elle donnée à la majorité silencieuse et otage de l'événement sportif ?
 
Dommage que dans cette histoire, je n'ai rien vu d'Exemple R.
 


28/09/2011
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