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Individualisons-nous tous en choeur !

Dieu que tout cela est perturbant...

...quand on y pense ! Je suis confronté à ce dilemme très régulièrement, et je n'arrive pas à trouver comment ce noeud gordien peut être tranché. Comment éviter de faire ce choix cornélien entre l'individualité et la communauté ? Y a-t-il une échappatoire, une conciliation nuancée possible ? Si l'on tente de concilier les deux, ne mentons-nous pas aux deux en même temps ?

Qui n'a pas entendu un jour un chanteur voulant fédérer ses ouailles dans un grand élan populaire et ânonnant afin de reprendre tous en choeur le refrain d'une niaiserie quelconque issue de son répertoire, quelconque également ? Qu'est-ce qu'il dit pour lancer le public ? "Tous ensemble avec moi !" Moi, ça m'impressionne : hypocriser comme ça, sans sourciller, devant quelques milliers de personnes... C'est malheureux, mais ces "artistes" à succès (les jeunes hystéros les plus fanatiques y mettraient volontiers une faute d'orthographe d'ailleurs) remplissent des salles trop belles et trop importantes pour eux à mon goût, un peu comme si on mettait un gravier poussiéreux dans un écrin doré, comme une cellule cancéreuse peut s'installer dans la plus belle des femmes... Bref, je suis pas là pour tirer sur les ambulances, le temps qui passe et la ringardise naturelle le fait pour moi.

Ce que je veux dire, c'est que ce "Tous ensemble avec moi" est un mensonge. Le chanteur ne cherche pas la communion avec le public, il cherche la flatterie par le public. Sous couvert d'instinct artistico-populo-grégaire, il veut simplement rapprocher la foule pour mieux s'en démarquer. "Viendez les gens, viendez psalmodier MES textes, chers discipl... heu... cher public !" En même temps, on ne peut en vouloir ni au public, ni au chanteur car pour eux comme pour moi, le choix est difficile : le groupe ou l'individu ? Quoique, si on ne se pose pas la question, on peut vivre sereinement l'un ou l'autre. Mais moi, avec ma poignée de neurones qui s'agitent dès qu'une occasion de manifester mes doutes, mes inquiétudes et ma paranoïa galopante se présente (c'est à dire, tout le temps) je suis toujours partagé. Ainsi, lorsqu'on me force à chanter un "joyeux anniversaire" (acte de groupe), chose que je déteste, je le fais volontairement le plus faux possible, le plus dissonnant, arythmé, dysharmonique que je le peux (acte individuel). Cela ne veut pas dire que je concilie les deux actes, loin de là ! Je passe de l'un à l'autre, tantôt me fondant dans le groupe parce que je veux ma part de gâteau, tantôt me démarquant pour montrer que dans le troupeau, je suis le mouton qui a une tache sur le museau et une cloche autour du cou qui fait "Balang !" quand les autres font "bling !". Mais seul F'murr saurait apprécier cet hommage ovin (en un seul mot... ou en deux pour les pochtrons)

Comme dit l'autre, "tout le monde est d'accord pour critiquer la pensée unique." Je ne vois pas comment mieux résumer l'absurdité du problème qui m'est posé, qui nous est posé à tous, et auquel il n'y a vraisemblablement pas de réponse intermédiaire possible. Chacun a ses propres convictions, ses propres idées, sa propre philosophie de la vie, mais personne ne peut choisir d'être totalement individualiste ou totalement fondu dans la masse. En écrivant cela, j'avoue nourrir un espoir qui s'amenuise de jour en jour, celui de la lutte contre ce foutu principe d'uniformité qui semble parfois devenir de plus en plus inéluctable. Je trouve en effet que ces convictions, ces points de vue, cette capacité de jugement sont de plus en plus motivés par une influence, un air du temps qui oriente la plupart des individualismes dans le même sens.

Et ça se retrouve de partout ! Des exemples ? J'en ai. En boîte de nuit (vous savez, ce terrain de jeu pour affamés affectifs qui mendient de l'appartenance sociale), tout le monde danse sur la même musique (je ne comprends toujours pas qu'on danse... ça me dépasse, c'est encore moins naturel que de jouer au foot, et quand on sait l'opinion que j'ai des sports d'équipe...!), tout le monde bouge plus ou moins de la même façon, avec le même rythme et pourtant chacun de ces tortilleurs (... et illeuses aussi, oui) est intimement persuadé qu'on ne voit que lui (ou elle, ça marche aussi) et qu'il (ou elle, oui d'accord, ça devient lourd, là !) est donc remarquable au sens le plus littéral du terme.

Je déteste les boîtes...

Autre exemple, en politique, les manifs. Ben oui, faut arrêter de prendre les gens pour des cons, les mouvements de foule sous des slogans et des banderoles, c'est forcément politisé, et donc le plus souvent, les doléances du bon peuple sont déformées par le prisme de l'embrigadement de la même manière que les points de vue des dirigeants sont déformés par celui du pouvoir. Une manifestation n'est JAMAIS une impulsion purement populaire, elle est toujours initiée par quelques individus qui parviennent à faire croire aux gens qu'en kilométrant de la Bastille à la Nation "tous ensemble", cela sert leurs intérêts individuels. Et en face, la police qui agit comme un seul homme... Deux groupes manipulés par une poignée de types (ou de meufs, je ne vais pas les tenir à l'écart de ça non plus) qui arrivent à persuader chaque électron qu'il agit de sa propre volonté et pour son bien propre.

Je déteste les manifs...

Même chose pour les religions. Aucun précheur ne fait son boulot de rabatteur de merlus sans y trouver un intérêt individuel. Et aucune grenouille de bénitier ne s'inquiète de savoir si ses voisins sont potentiellement éligibles aux éthers divins. Mais bon, je n'ai aucune foi religieuse, Dieu merci.

Je déteste les sermons...

Bon, je ne vais pas m'étendre, et de toute façon la seule réponse à ma question est qu'il n'y a pas de réponse. L'individu est toujours seul et il se regroupe non pas pour se prouver cette solitude mais son originalité. Logique, sans l'autre, sans l'image qu'il nous renvoit, on ne peut pas savoir qu'on est différent... si on l'est.

Autant vous le dire tout de suite, il est assez probable que j'en remette une tartine sur le même sujet un de ces quatres... ou un de ces uns si j'arrive à faire ça demain. Avec ça, y'a bien le moyen de caser un petit truc sur l'anomie et l'anarchie, sur pourquoi le premier est triste alors que le second est con... Et puis à propos de cons, il faudra aussi que je parle de moi dans tout ça. Bref, là j'ai ma dose et je pressens que vous aussi.



12/02/2009
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