Articles

Catégorie - Considérations et prises de tête

Petit formatage entre amis.

"The end is nigh"...

...clame Rorschach. Pas le peintre abstrait helvétique, hein, je parle du personnage charismatique de l'oeuvre de Gibbon. Je reprends cette assertion à mon compte, enfin presque, ne pouvant m'octroyer l'entière paternité de ce qui suit puisqu'issu d'une conversation à la terrasse d'un café avec Marcel Frunobulax dont je tairai ici la véritable identité. Donc, "la fin est proche" qu'il dit. La fin de quoi ? J'ai envie de dire "la fin du désir et de l'autonomie de la culture individuelle". D'ailleurs, puisque j'en ai envie, je le dis : La fin du désir et de l'autonomie de la culture individuelle est proche, mes amis !

- Qu'est-ce qu'il dit ?

- Il dit que la fin du désir et de l’autonomie de la culture est proche.

- … ?

- Il dit qu’on se laisse aller à devenir con si tu préfères.

- Même lui ?

- Ben y'a intérêt !

Bon, c'est résumé un peu abruptement mais en gros, c'est sur ça que je veux alerter mes contemporains, ou à défaut, mes copains qui me liront (ce qui réduit déjà nettement l'impact). La question est : à quel moment nous donne-t-on le choix de découvrir des objets artistiques différents, c'est à dire non imposés par, on va dire, une idée que se font les diffuseurs de ce qui plait au plus grand monde ? C'est pas clair ? Je le conçois. Je prends donc pour exemple l'anecdote qui nous a conduit à aborder ce sujet entre deux "Orangina", reconductibles toutes les 30 minutes sous peine de se voir priés de quitter le bistrot. Je sais, ça n'a rien à voir, mais je tenais à souligner cet odieux "pousse-à-la-conso" imposé par les tavergistes du Cours Mirabeau. L'anecdote en question repose sur l'ambiance musicale diffusée sous la tonnelle et qui consiste en un rythme binaire répétitif qui endort la vigilance des cerveaux en quête d'originalité musicale. Bien sûr, le but est de créer une ambiance "sympathique", "détendue"... un "confort", une "facilité" qui, à mon sens, nivelle par le bas. En tout cas, le but n'est certainement pas de faire réfléchir les consommateurs, sinon ils ne renouvelleraient pas leur consos aux tarifs exorbitants pratiqués dans les lieux touristico-qui-s'la-pètent. Et là on va me dire, "ouais, tu fais chier, justement si on va boire un coup au bistrot, c'est pour se détendre".

Dites-le.

Bien. A cela je répondrai... Je sais, et c'est louable. Mais à force de vivre dans cet environnement de facilité, de somnambulisme, d'acculturation forcée par des balises anesthésiantes qui s'insinuent sournoisement dans le ronronnement de tout ce que les medias peuvent trouver comme moyen de diffusion, et bien à force d'à force, tout le monde va se retrouver avec les mêmes références. Un bon conditionnement fourni par les radios, la télé, les lieux de "détente" à la mode (bars, boîtes de nuit, certains restaurants...). Inconsciemment, on se retrouve tous avec un éventail de choix culturels qui se réduit petit à petit. Contre-exemple pour accréditer cela : un jour, je m'étais installé dans un bar pour écrire un peu et pour savourer un chocolat chaud, et au bout de 5 minutes, je réalise que quelque chose est inhabituel ; et en un instant, je comprends qu'il s'agit de la musique diffusée sur la chaîne hi-fi. Je suis même allé demander au patron de l'établissement l'origine des sons inattendus qui s'engouffraient dans mon crâne et il m'a sorti un CD du Kronos Quartet, musique minimaliste s'il en est, mais qui a le mérite d'offrir à la conscience l'existence d'autre chose qu'une pop technoïde abrutissante dont il est difficile de différencier les titres tant les similitudes sont partout, dans le rythme, la cadence, la tonalité... Abreuvés de cette musique rappelant le rythme des machines de l’usine comme un fond sonore familier, comment faire naître l’envie d’autre chose ? Comment désirer ce dont on ne cherche même pas à imaginer l’existence ? Simple mauvaise volonté générée par une fainéantise elle-même issue d’un manque de volonté, etc… Cercle vicieux. Ou plutôt tourbillon terrible tel le puissant maelström qui entraîne impitoyablement dans les profondeurs sombres et glacées des mers nordiques le génial Nautilus du Capitaine Némo, ses innovations, ses uniques spécificités, ses richesses et les trésors culturels qu’il renferme. Comment lutter…?

Ça me rappelle également ce restaurant où une amie m'a dit, en entendant en fond sonore la danse des chevaliers extraite du "Roméo et Juliette" de Prokofiev : "Tiens, c'est la musique de la pub pour Egoïste de Chanel"... Bien sûr, on n'est pas obligé d’être adepte de musique ruskoff, si classique soit-elle, mais au moins il y a eu là quelque chose qui a suscité une curiosité, un sursaut neuronal, et c'est ça que je redoute de voir disparaître au profit d'une soupe populaire tiède et fade mais qui s'avale sans même qu'on y pense.

Je pourrais faire le même discours autour d'exemples cinématographiques. "Les Ch'tis" c'est marrant, mais j'ai vu Zoé Felix dans un rôle autrement plus fort. Et puis Bali, c'est pas Bergues ! Marylin était une belle pin-up, mais allez voir "Les Désaxés" ! Kim Bassinger a fait transpirer des millions d'hommes dans "9 semaines et demi", mais qui l'a vue dans "8 miles" ou plus récemment dans "Loin des terres brûlées" ? Même Jean-Claude Van-Damme qui est ce que la terre porte de plus populaire (au sens mélioratif du terme) et de moins subtil (au sens coup-de-tatanne-dans-la-gueule du terme) a fait quelque chose d'extraordinaire avec "JCVD"...

Même chose avec la littérature, la BD, les arts plastiques...

Attention, pas d'élitisme ou quoi que ce soit du genre ici. Il y a plein de gens talentueux qui bénéficient d'une notoriété tout à fait légitime, et j'en apprécie une quantité non négligeable, mais il faut faire varier les goûts. Les pâtes, c'est bon. La purée aussi. Un bon steak saignant idem. Mais pourquoi s'arrêter là et ignorer un pavé d'autruche, une sauce bizarre à base Boursin, un pigeon en croûte qui sent bon le sous-bois automnal...?

Bon, vous avez pigé où je veux en venir : SOYEZ CURIEUX ! C'est la clé pour se sentir vivre, pour savourer ce qu’on partage avec ceux qu’on aime, pour, paradoxalement, se sentir plus en empathie avec le reste de la société qu'en se calquant sur la masse clubeuse qui n'arrive plus à fixer son attention sur un objet musical ou filmique ; là, je pense au con qui n'a pas arrêté de consulter ses SMS et d'en envoyer toutes les 5 minutes (je n'exagère pas !) pendant que sur l'écran Clint Eastwood copinait difficilement avec des Viets dans "Gran Torino"... Au lieu de partager le plaisir du film avec son pote assis à côté de lui, il s’est renfermé dans son monde factice plein de vide. Ça s’appelle « oublier que l’autre existe », et comme l’autre est un miroir de soi, c’est en fin de compte quasiment une négation de soi. Le tourbillon de Jules Verne.

Pour pas qu’elle coule ta pierre

Il aurait fallu lui mettre une bouée,

Ou que je t’apprenne à lancer

Mais je m’occupais trop de mon galet…

Les ricochets – Benabar (hé oui, artiste populaire)


Posté le 10/04/2009 | 72 consultations | 1 commentaires | Voir et commenter l'article

Individualisme 2 : tolérer l'aut' con, là.

"Bonjour, je m'appelle Fred...

...et je suis un individualiste." Voilà ce que donnerait la phrase de présentation dans une Association des Individualistes Anonymes, Ce serait marrant ça, une thérapie de groupe pour se soigner de ça ! Paradoxal. Un peu comme fonder un Club pour Asociaux, un Collectif de Solitaires, ce serait absurde. Et pourtant, l'environnement où nous évoluons et qui ne peut pas se passer de mettre les gens dans des cases et ces cases dans des casiers, lesquels sont numérotés et fichés dans un listing, cet environnement semble désireux de cataloguer tout un chacun. Et les plus "libres" qui vivent au jour le jour en se cognant pas mal de ce que pensent les autres sont tous regroupés par les medias sous le terme de "marginaux". Comme disait Woody Allen qui avait piqué la phrase à Groucho Marx, "je refuserais de faire partie d'un club qui me voudrait pour membre".

Me revient en pleine tête (aïe !) cette merveilleuse "brève de comptoir" répertoriée (créée ?) par Jean-Marie Gouriot : "T'es qui pour juger les autres, pauv' con !" En effet, la bascule s'opère ici, et généralement sans anesthésie. C'est la tolérance qui fait qu'on tendra plutôt vers la communauté que vers l'individu. En fait, ça m'a frappé récemment lors d'une discussion un poil tendue avec ma franginette durant laquelle nous comparions son désir ardent d'être intégrée à un groupe et ma tendance naturelle à me positionner de manière excentrée (mais pas excentrique car je ne cherche pas à me démarquer de manière ostentatoire non plus). Nous ne comprenions pas à quel moment nos chemins avaient divergé sachant que nous avions reçu la même éducation et le même sens des valeurs. Le point de vue sororal étant aussi buté que le mien, nous en étions restés là, elle dans son groupe, moi dans ma tourelle d'observation.

Et dernièrement, le déclic (rien à voir avec Manara... malheureusement). A un moment donné de cette période toute pourrite qu'est la pré-adolescence, tout un chacun ressent le besoin naturel de forger son image en s'intégrant à un groupe de pairs, avec des codes, des références, une popularité si possible... Faire partie de ce groupe, c'est accéder à un rang social supérieur dans la tête pré-pubère du p'tit con qu'on est tous (ou presque, et non je ne m'exclue pas des p'tits cons) à cet âge-là. Pour moi, c'est devenu clair comme de la vodka de roche : c'est là que ça a chié, c'est là que ma soeurette a fait la différence, qu'elle a eu son ticket d'entrée. Rapidement elle a su s'intégrer et a barboté là-dedans comme un poisson dans l'eau. Comme pour tout, il y a du bon et du moins bon, mais l'essentiel est qu'elle ait été bien dans ses baskets roses et épanouie à ce moment clé de son ontogénèse.

De mon côté, quelques tentatives... Approches plus ou moins subtiles et lentes, étant d'une timidité maladive, ça prend un peu plus de temps que d'entrer dans la boulangerie pour acheter une baguette. Le groupe est là, faisant à peine attention à l'intrus, puis quand celui-ci manifeste une velléité d'intégration ("je peux jouer aussi ?") toisant l'impudent. Pour résumer ça donne :

- Tu veux être des nôtres ?

- Heu... ouais...

- Hmm... Attends je réfléchis... Non, on préfère continuer à te jeter des pierres.

- Allez quoi !

- Non, t'es trop con, et en plus t'es le premier de la classe...

Hé non, le chef de groupe n'a pas peur de la contradiction, et aucun de ses coreligionnaires ne songe seulement à relever l'incongruité de son propos, trop occupés à railler la mine déconfite de l'exclus qui, pour son plus grand bonheur - mais il ne le sait pas encore - vient d'être recalé à l'examen d'entrée au groupe des footeux de la cour de récré. Ecoliers insouciants, sachez que si vous commencez votre tentative de vie sociale avec des lunettes et de bons résultats, vous intéresserez les profs, mais les filles et la notoriété vous ignoreront superbement.

Sachant que cet exemple se répéta à maintes reprises et sous diverses formes jusqu'au moment où l'intéressé s'est rabattu sur des micro-groupes de deux ou trois (bien plus intéressants s'ils sont choisis chez les castes cérébrées de l'établissement scolaire), difficile de se sentir en sécurité au sein d'un groupe d'importance, et encore moins de désirer en intégrer un. La première fois que j'ai vu et entendu Desproges manifester tout seul sur scène, expliquant que le QI du groupe est inversement proportionnel au nombre d'individus qui le composent, j'ai senti résonner la suave et inattendue musique de la compréhension et j'ai accueilli à bras ouverts mon propre comportement. Comme dit l'humoriste sus-cité, "à plus de quatre on est une bande de cons, alors a fortiori, moins de deux c'est l'idéal".

Bon, bien sûr, je n'adhère pas à 100% et je suis heureux lorsque je suis entouré de ma poignée d'amis (je n'en ai peut-être pas assez pour faire une équipe de rugby, mais au moins ceux-là, j'en suis sûr), mais je dois avouer que je me sens mieux quand je les vois par petits groupes de deux ou trois... J'ai même testé, un temps, du groupe plus important, mais la déception a été d'égale intensité que la joie qu'il me semblait éprouver alors : des faux-semblants, une hypocrisie inévitable (le mensonge est gage de survie dans les agglomérats socio-humanoïdes), des rivalités rampantes, etc... Quelque part, cette insouciance et cette envie de faire partie du groupe me manquent un peu parfois. C'est le "rêve ennemi et pourtant passionnément convoité" que Proust exprime quand il n'est pas occupé à fourrer des madeleines à la confiture de jeunes filles en fleur.

Et puisqu'on navigue sur l'océan du paradoxe, il me semble même que j'ai commencé à intégrer de petits groupes lorsque j'ai totalement accepté ma part d'individualisme.

Actuellement, j'en suis donc au stade sartreux de "l'enfer c'est les autres" tout en sachant l'autre, c'est aussi moi. Autrement dit, j'ai toujours en tête la certitude que les groupes soient composés d'individus pensant moins cons que le groupe n'en a l'air, ce qui m'aide à supporter le comportement grégaire ; et d'un autre côté, je ne juge pas celui qui se démarque car je sais qu'il n'est pas aussi seul qu'il le montre, et que s'il l'est quand-même, ce n'est pas par plaisir.

On n'est jamais seul parce qu'on le veut.

Allez, je vais me mettre un DVD, ça me donnera l'impression d'avoir de la compagnie.


Posté le 17/02/2009 | 92 consultations | 2 commentaires | Voir et commenter l'article

Individualisons-nous tous en choeur !

Dieu que tout cela est perturbant...

...quand on y pense ! Je suis confronté à ce dilemme très régulièrement, et je n'arrive pas à trouver comment ce noeud gordien peut être tranché. Comment éviter de faire ce choix cornélien entre l'individualité et la communauté ? Y a-t-il une échappatoire, une conciliation nuancée possible ? Si l'on tente de concilier les deux, ne mentons-nous pas aux deux en même temps ?

Qui n'a pas entendu un jour un chanteur voulant fédérer ses ouailles dans un grand élan populaire et ânonnant afin de reprendre tous en choeur le refrain d'une niaiserie quelconque issue de son répertoire, quelconque également ? Qu'est-ce qu'il dit pour lancer le public ? "Tous ensemble avec moi !" Moi, ça m'impressionne : hypocriser comme ça, sans sourciller, devant quelques milliers de personnes... C'est malheureux, mais ces "artistes" à succès (les jeunes hystéros les plus fanatiques y mettraient volontiers une faute d'orthographe d'ailleurs) remplissent des salles trop belles et trop importantes pour eux à mon goût, un peu comme si on mettait un gravier poussiéreux dans un écrin doré, comme une cellule cancéreuse peut s'installer dans la plus belle des femmes... Bref, je suis pas là pour tirer sur les ambulances, le temps qui passe et la ringardise naturelle le fait pour moi.

Ce que je veux dire, c'est que ce "Tous ensemble avec moi" est un mensonge. Le chanteur ne cherche pas la communion avec le public, il cherche la flatterie par le public. Sous couvert d'instinct artistico-populo-grégaire, il veut simplement rapprocher la foule pour mieux s'en démarquer. "Viendez les gens, viendez psalmodier MES textes, chers discipl... heu... cher public !" En même temps, on ne peut en vouloir ni au public, ni au chanteur car pour eux comme pour moi, le choix est difficile : le groupe ou l'individu ? Quoique, si on ne se pose pas la question, on peut vivre sereinement l'un ou l'autre. Mais moi, avec ma poignée de neurones qui s'agitent dès qu'une occasion de manifester mes doutes, mes inquiétudes et ma paranoïa galopante se présente (c'est à dire, tout le temps) je suis toujours partagé. Ainsi, lorsqu'on me force à chanter un "joyeux anniversaire" (acte de groupe), chose que je déteste, je le fais volontairement le plus faux possible, le plus dissonnant, arythmé, dysharmonique que je le peux (acte individuel). Cela ne veut pas dire que je concilie les deux actes, loin de là ! Je passe de l'un à l'autre, tantôt me fondant dans le groupe parce que je veux ma part de gâteau, tantôt me démarquant pour montrer que dans le troupeau, je suis le mouton qui a une tache sur le museau et une cloche autour du cou qui fait "Balang !" quand les autres font "bling !". Mais seul F'murr saurait apprécier cet hommage ovin (en un seul mot... ou en deux pour les pochtrons)

Comme dit l'autre, "tout le monde est d'accord pour critiquer la pensée unique." Je ne vois pas comment mieux résumer l'absurdité du problème qui m'est posé, qui nous est posé à tous, et auquel il n'y a vraisemblablement pas de réponse intermédiaire possible. Chacun a ses propres convictions, ses propres idées, sa propre philosophie de la vie, mais personne ne peut choisir d'être totalement individualiste ou totalement fondu dans la masse. En écrivant cela, j'avoue nourrir un espoir qui s'amenuise de jour en jour, celui de la lutte contre ce foutu principe d'uniformité qui semble parfois devenir de plus en plus inéluctable. Je trouve en effet que ces convictions, ces points de vue, cette capacité de jugement sont de plus en plus motivés par une influence, un air du temps qui oriente la plupart des individualismes dans le même sens.

Et ça se retrouve de partout ! Des exemples ? J'en ai. En boîte de nuit (vous savez, ce terrain de jeu pour affamés affectifs qui mendient de l'appartenance sociale), tout le monde danse sur la même musique (je ne comprends toujours pas qu'on danse... ça me dépasse, c'est encore moins naturel que de jouer au foot, et quand on sait l'opinion que j'ai des sports d'équipe...!), tout le monde bouge plus ou moins de la même façon, avec le même rythme et pourtant chacun de ces tortilleurs (... et illeuses aussi, oui) est intimement persuadé qu'on ne voit que lui (ou elle, ça marche aussi) et qu'il (ou elle, oui d'accord, ça devient lourd, là !) est donc remarquable au sens le plus littéral du terme.

Je déteste les boîtes...

Autre exemple, en politique, les manifs. Ben oui, faut arrêter de prendre les gens pour des cons, les mouvements de foule sous des slogans et des banderoles, c'est forcément politisé, et donc le plus souvent, les doléances du bon peuple sont déformées par le prisme de l'embrigadement de la même manière que les points de vue des dirigeants sont déformés par celui du pouvoir. Une manifestation n'est JAMAIS une impulsion purement populaire, elle est toujours initiée par quelques individus qui parviennent à faire croire aux gens qu'en kilométrant de la Bastille à la Nation "tous ensemble", cela sert leurs intérêts individuels. Et en face, la police qui agit comme un seul homme... Deux groupes manipulés par une poignée de types (ou de meufs, je ne vais pas les tenir à l'écart de ça non plus) qui arrivent à persuader chaque électron qu'il agit de sa propre volonté et pour son bien propre.

Je déteste les manifs...

Même chose pour les religions. Aucun précheur ne fait son boulot de rabatteur de merlus sans y trouver un intérêt individuel. Et aucune grenouille de bénitier ne s'inquiète de savoir si ses voisins sont potentiellement éligibles aux éthers divins. Mais bon, je n'ai aucune foi religieuse, Dieu merci.

Je déteste les sermons...

Bon, je ne vais pas m'étendre, et de toute façon la seule réponse à ma question est qu'il n'y a pas de réponse. L'individu est toujours seul et il se regroupe non pas pour se prouver cette solitude mais son originalité. Logique, sans l'autre, sans l'image qu'il nous renvoit, on ne peut pas savoir qu'on est différent... si on l'est.

Autant vous le dire tout de suite, il est assez probable que j'en remette une tartine sur le même sujet un de ces quatres... ou un de ces uns si j'arrive à faire ça demain. Avec ça, y'a bien le moyen de caser un petit truc sur l'anomie et l'anarchie, sur pourquoi le premier est triste alors que le second est con... Et puis à propos de cons, il faudra aussi que je parle de moi dans tout ça. Bref, là j'ai ma dose et je pressens que vous aussi.


Posté le 12/02/2009 | 93 consultations | 5 commentaires | Voir et commenter l'article

Etude caissièredesupermarchélogique

Rassurez-vous, je suis parfaitement conscient...

...de foncer dans le mur avec ce sujet qui, déjà, j'en suis certain, provoque en vous le même enthousiasme que la diffusion d'un reportage sur l'utilisation du crachoir à travers les âges.

Carrefour, l'un des supermarchés géants de la grande distribution, avide de profits autant que de superlatifs, est un lieu d'étude formidable, que ce soit pour les économistes, les psychologues, les spécialistes de la consommation ou les sociologues. Cette enseigne (comme les autres, mais il se trouve que c'est là que je fais mes courses, donc, voilà...) est en effet capable d'exploiter aussi bien les manufacturières mineures de l'Asie du même nom que les étudiantes majeures de France, de Navarre, et de partout où Carrefour est représenté, si ce n'est sous son nom, au moins sous celui d'une de ses filiales... Mais ce n'est pas le sujet qui m'intéresse aujourd'hui.

Non, ce qui me tarabuste le cortex énergiquement, c'est l'employée en blouse banalisée, la femme cul-de-jatte qui codebarre tout ce qui lui passe entre les mains huit heures par jour, la créature multiple et uniformisée qui arbore malgré elle et sans fierté aucune les armoiries de l'enseigne qu'elle représente vaillamment afin de gagner sa croûte. En effet, j'estime que cette aimable corporation mérite un hommage légitime, chose qui me tenait à coeur depuis pas mal de temps.

La caissière de supermarché est à géométrie variable... Patiente ou empressée, souriante ou taciturne (ça fait cher en loyers ! ...comprenne qui veut), mais elle est le seul contact humain direct entre le consommateur et le cyclopéen système de consommation ! J'aimerais que tout le monde soit conscient de ça.

Et pour cela je lui dis "merci" : Merci !

A l'heure où, dans certaines grandes surfaces, on a la possibilité de scanner soi-même ses achats sur de froides vitres striées de lasers rouges peu enclins à toute velléité communicative, oui, à cette heure où on peut d'un seul clic, le fondement vissé à sa chaise, se faire livrer devant la porte les produits de sommation à la con qui nous rassurent sur notre capacité à nous soumettre à la pub, eh bien à cette heure sinistre et glacée je veux plus que jamais conserver ce contact humain rarissime dans le processus de l'emplette stomacho-motivée. Si elle n'est plus là, si elle disparait de la chaîne, plus rien ne me séparera de l'acte profondément déprimant et mécanisé du bête stockage de vivres contre paiement, lui-même déjà rendu abstrait par l'utilisation de cartes à puces. Jusqu'ici, je prends encore plaisir à faire mes courses, je transforme les rayons en pistes de caddie, je rends ludique mon errance désordonnée d'un rayon à l'autre, évitant de faire le même parcours "logique" que les optimisateurs de la grande surface...

Comme pour une roulette russe, je charge un seul tapis parmi une vingtaine, sans savoir si au bout de celui-ci m'attend un contact humain et affable, ou la dépressive chronique de l'équipe du soir des caissières de Carrefour. Parfois, c'est sur elle que je tombe ; l'épaule basse et le regard perdu, la bouche tombante comme un accent circonflexe, elle semble attendre que la Grande Faucheuse pose sur son tapis une lame neuve... C'est là que la magie est susceptible d'opérer : un simple bonjour ne suffit pas toujours, alors j'agrémente en général d'un petit "ça fait long les journées, hein !" Pour peu qu'apparaisse un signe d'ouverture à une éventuelle communication, même plus insignifiante et plus éphémère qu'une notoriété staracadémique, et j'enchaîne avec un bête "ça va, il est tard, vous avez bientôt fini..." Le tout avec le sourire. Ca coûte quoi ? Rien, ça n'apparait même pas sur la note ! Ca ne rapporte rien non plus, me direz-vous. Mais vous faites chier à la fin ! Et pourquoi est-ce que tout ce qu'on fait devrait forcément nous rapporter quelque chose ?

Bon, en même temps, vous avez raison : ça me rapporte la satisfaction d'avoir fait sourire et d'avoir prouvé à une machine qu'elle était humaine. Asimov serait fou de joie s'il me lisait (ben oui pourquoi pas ? Je l'ai bien lu, moi !)

Et pourtant, n'aurait-elle pas toutes les raisons de ne plus y croire ? Le défilé de clients méprisants ou indifférents dont elle est nourrie tout au long de la journée ne lui ferait-il pas perdre la foi ? Je n'en sais rien, mais je me doute que ça ne doit pas aider.

Anecdotons : aujourd'hui, coup de chance ! A la caisse où j'avais déposé la dizaine d'articles destinés à donner à mon frigo des raisons d'exister, je me retrouve coincé par la cliente précédente qui conteste le prix d'un parfum bon marché supposé être de 50% réduit par l'effet saisonnier des soldes. Cliente peu souriante s'il en est, elle presse la jeune fille emblousée de téléphoner à son/sa chef afin de régler le litige, ce que l'autre fait avec amabilité sous les coups d'oeil acérés et menaçants de la bloqueuse de file d'attente. Tout en montrant à la caissière gênée qu'aucune impatience ne me guette et qu'elle peut gérer son impondérable en toute sérénité, je profite de ma position pour observer les attitudes de ses consoeurs et de leurs clients. Très instructif ! Une faculté d'adaptation remarquable. Souriez et elles vous sourient aussi. Soyez fermés, et elles n'insisteront pas pour briser la glace. Ignorez-les copieusement... épluchez votre ticket de caisse, parce que j'ai deviné, dans le regard désemparé de certaines, l'envie de compenser le manque d'humanité qui leur fait face par une vengeance sournoise. Le plus bel exemple, à la caisse contiguë, une arrogante persuadée d'être plus importante que le commun des mortels a posé ses courses sur le tapis, récupéré celles-ci à l'autre bout, inséré sa carte bancaire dans le lecteur, pris ses tickets de caisse et filé, le tout quasiment sans décrocher un regard à l'esclave fournie par le magasin. Mais pire que tout, pendant toute la durée de l'action, elle parlait à son kit mains libres ! Maudits soient les dieux mensongers et abusifs Bouygues, SFR ou Orange ! Vous souillez l'humanité en brisant sa plus élémentaire source de vie tout en faisant croire que vous l'amplifiez : la communication.

Caissières du monde entier, je vous admire et vous respecte (sauf les vraies antipathiques que j'autorise à mal vieillir, car elles parsèment inévitablement vos rangs, comme partout). Sans les brefs échanges, parfois mués en petites conversations, que nous partageons, vous me faites sentir plus sommateur que con car au-delà de la banalité de nos paroles, nous nous prouvons mutuellement que nous existons, en tant qu'individus, au sein d'une masse grouillante et matérialiste. Et ça, ça n'a pas de prix...

...En tout cas, ça n'a pas de code barre pour l'instant.


Posté le 20/01/2009 | 110 consultations | 7 commentaires | Voir et commenter l'article

Poétons plus haut que notre dû

Au fond, à quoi ça rime...

...de faire des rimes ? Question stupide car aucune rime n'est indispensable à la poésie, sauf chez les rigides créatures sorties des IUFM qui traumatisent nos bambins en les abreuvant de La Fontaine jusqu'à plus soif... Et sauf chez les trop rares adeptes de la rixme (ce mélange créé par Ayroles pour sa série de BD "De Cape et de Crocs" qui devrait servir de support à l'école afin d'aiguiser le sens du verbe de nos marmots au lieu de leur filer des dictées à trous pré-mâchées).

Ces deux exceptions faites, rien ne force à la rime pour ressentir en soi ce petit quelque chose qui rapproche l'homme de l'âme, qui nous pousse au train de la créativité lorsque la muse nous habite et nous taquine (amateurs de contrepèteries, s'il y a quelque chose à signaler là-dedans, faites-le moi savoir). On a le droit d'avoir une sensibilité qui permette d'habiller le réel avec des effets décalés, avec une acuité révélatrice, parfois douce, parfois amère, parfois les deux en même temps. Ce n'est pas de la faiblesse que de se sentir animé de ces pulsions tendres et morbides, fortes et viscérales...

Et a-t-on besoin d'appliquer une technique podo-comptable pour être sûr de faire rimer au bon moment, en battant un rythme binaire, le mot "balistique" avec le mot "flic", le tout entouré d'improbables meufs ultraviolées et bikinikées dans une piscaille où flottent les dollars et où coulent les vulgaires chevalières en or ? (voilà, règlement de compte avec ceux des rappeurs qui se prétendent poètes effectué, ça défoule)

Si l'envie me prend de déblatérer sur l'inspiration poétique aujourd'hui, c'est sans doute suite à ce coup de blues matinal qui m'est tombé dessus et qui s'est trouvé amplifié, pour ne pas dire magnifié par le spectacle offert par les intempéries de l'aube naissante. La neige, crainte comme la peste par les adultes urbains dépendants de leurs bagnoles, réclamée par les mêmes lorsqu'ils veulent tâter de la glisse et se chauffer aux bars d'altitude, adulée par les enfants ainsi "privés" d'école (en effet, la neige a cette particularité de bloquer les serrures de tout établissement scolaire primaire dès les premiers flocons)... Cette neige, ce matin, a fourni à une précieuse mélancolie l'écrin le plus adéquat : le silence, le calme, la paix, la virginité... comme si une douce apocalypse avait éteint l'activité humaine sans en détruire le paysage... Dit comme ça, on pourrait croire à un tableau campagnard où une forêt dénudée perce l'atmosphère blanche pour gratter le crâne des nuages et faire tomber les pellicules d'une divinité quelconque. Pas du tout ! La vision que je viens de décrire est celle de l'aéroport international de Marseille qui jouxte, à un Etang près, d'immondes complexes pétrochimiques bientôt reconvertis en parcs d'attraction cancérigènes lorsqu'il n'y aura plus de pétrole. Autant dire que le lieu, en temps normal, prête peu aux considérations extatiques.

Mais ce matin n'était pas un matin comme les autres : il était intemporel. Il était de ces instants qui soignent les plaies tout en ravivant d'autres blessures, lorsqu'on se sent infiniment loin du centre, microscopiquement important, et en même temps responsable des maux de la Terre entière. La chape d'albâtre contrastant avec la couverture d'onyx de la nuit a transformé mon monde l'espace de quelques minutes, devenant un monde où tous les opposés s'attiraient, où la nostalgie était souriante, le froid réconfortant, les douleurs imperceptibles, les espoirs concevables, et où les ennemies d'hier et d'aujourd'hui pacifiaient...

Dans ce monde j'étais aussi un peu moins con. C'est fou comme la réalité peut vite reprendre le dessus...


Posté le 07/01/2009 | 160 consultations | 7 commentaires | Voir et commenter l'article

Rechercher dans les articles

Vous recherchez ? :


Copyright © Kits-Gratuits.Net | kits graphiques gratuits : design et code par dig